Caroline Arnaudeix

 

 
   


LE PARISIEN                                                                                                                                                                                                                                              JEUDI 27 DÉCEMBRE 2018

CAROLINE ARNAUDEIX, CHAMPIONNE DU MONDE DE BALL-TRAP

" La reine de la gâchette "

Quelques jours après le sacre de l’équipe de France de foot en Russie, Caroline Arnaudeix est devenue championne du monde de ball-trap… dans l’anonymat.

                                                              

 

PAR JULIEN LESAGE

 

CEST UN CAS RARE si ce n’est unique. Jarnac, petite bourgade charentaise d’à peine 4 500 âmes, a donné à la France un président de la  République et une championne du monde. Si le premier, François Mitterrand, né et enterré dans la commune, est entré dans les livres d’histoire, la seconde, elle, est inconnue du grand public.

Pourtant l’été dernier, quelques jours après le sacre des joueurs de Deschamps en Russie, Caroline  Arnaudeix  (52 ans) s’est elle aussi  hissée, à Sarlospusztaen Hongrie, sur le toit du monde via le… ball-trap. Dans la discipline de la fosse universelle, moins technique et rapide que sa grande sœur la fosse olympique, présente aux JO. Arnaudeix a réussi un joli coup double en décrochant le titre mondial en individuel et par équipes. Elle a réalisé une prestation quasi parfaite en terminant 13e au scratch (classement« au score») sur 205 tireurs avec un score de 193 sur 200.

"Du jamais vu pour une femme", savoure l’’intéressée. Malgré cette performance et ce doublé, Caroline est simplement revenue en France avec son diplôme de championne, une coupe, "beaucoup de fierté", mais aussi "une grosse frustration".

"J’attends encore qu’on nous invite à l’Elysée, sourit-elle avant de reprendre plus sérieusement. On est trois champions du monde français, dont Jean-Philippe Royère qui ne loupe qu’un plateau en 4 jours et termine avec un score de 199 sur 200, et on ne parle pas de nous. On fait ça pour le plaisir, mais c’est triste. On pratique un sport décrié parce que les armes font peur, on nous reproche de faire du bruit et de ne pas être écolo parce qu’on tire des plombs. C’est vraiment dommage car le ball-trap est un vrai sport, il faut être capable de rester concentré sur un objectif et avoir une bonne condition physique."

« DÈS LE PREMIER COUP DE FUSIL, J’AI ADORÉ »

Pour Caroline Arnaudeix, le ball- trap est plus qu’un sport. C’est le début d’une nouvelle vie. Issue d’une famille de chasseurs, la licenciée du club de tir de Niort a longtemps refusé de tenir une arme et  de tirer. L’objet étant par tradition réservé aux hommes. Mais, en 2007, son mari, lui-même champion de France de ball-trap, l’incite à essayer. "C’était un dimanche, se souvient l’agente territoriale dans l’agglomération de Cognac. Au début, je ne voulais pas. Je craignais de me faire mal à l’épaule. J’avais d’autres loisirs comme la marche ou le vélo mais il me manquait quelque chose. Dès que j’ai essayé, dès le premier coup de fusil, j’ai adoré. C’est devenu comme une drogue. Je me shoote à ce sport. Dans la famille on mange, on dort ball-trap."

Pour assouvir sa passion, Arnaudeix  insiste sur le coût relativement élevé de la pratique de son sport favori : "Il faut payer l’’équipement avec les lunettes, le casque, et surtout les cartouches", explique celle qui tire "entre 5000 et 8 000 douilles par an". Mais le plaisir n’a pas de prix. Surtout, depuis qu’elle pratique, le regard des autres a changé. "C’est un sport d’hommes et quand une femme bat des hommes, elle est respectée, affirme la championne de France de 2014 à 2017. Mon nom est connu dans les clubs de tir.  Cela m’a apporté une nouvelle confiance en moi,  même pour mon travail. Je le recommande aux personnes qui ont un mal-être." Parole de championne du monde.

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